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Les couples de même sexe sont-ils de plus en plus nombreux ?

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Désormais reconnus juridiquement dans une cinquantaine de pays, les couples de même sexe sont également mieux repérés par la statistique publique. Exploitant les derniers recensements et enquêtes, nous avons examiné leurs caractéristiques en Europe, au Canada, aux États-Unis et en Australie. Les couples de même sexe sont-ils en augmentation ? Les tendances sont-elles les mêmes pour les couples de femmes et d’hommes ? Quel est le pourcentage de couples mariés ? Où habitent-ils ? Ces caractéristiques varient-elles beaucoup selon les pays ?

Premier constat : partout où les statistiques sont disponibles, celles-ci révèlent une augmentation de la fréquence des couples de même sexe cohabitants. Leur fréquence a triplé aux États-Unis entre 2000 et 2021 pour atteindre 1,8 % des ménages comprenant un couple. Au Canada, ils représentaient 1,1 % des familles comprenant un couple en 2021, contre seulement 0,5 % pour les couples de même sexe en 2001. On observe la même tendance en Australie avec 1,4 % des couples au recensement de 2021 contre 0,3 % à celui de 2001.

Proportion de couples de même sexe parmi l’ensemble des couples

Wilfried Rault, 2023, Population & Sociétés, n° 607

L’augmentation de la fréquence des couples de même sexe est également perceptible en Europe. En Allemagne, leur part a plus que doublé entre 2010 et 2019 pour atteindre 0,7 % des couples à cette dernière date. En Espagne, elle est passée de 0,7 % en 2013 à 1 % en 2020. Le même type d’évolution a été observé au Royaume-Uni : les ménages comprenant un couple de même sexe représentaient 1 % des ménages conjugaux en 2015 et 1,4 % en 2018. En France, on comptait 170 000 personnes en couple de même sexe cohabitant en 2011, contre près de 305 000 personnes en 2020, soit 1 % des couples cohabitants.

Les couples de femmes augmentent plus

L’augmentation du nombre de couples de femmes est plus marquée que celle de couples d’hommes. Minoritaires en Espagne (39 % des couples de même sexe en 2020) et en France (43 % en 2020), les couples de femmes sont aussi nombreux que les couples d’hommes en 2021 au Canada et en Australie, et ils sont majoritaires aux États-Unis (52 %).

La sociodémographie des couples de même sexe révèle ainsi une augmentation sensible de leur nombre, celle-ci provenant à la fois d’une amélioration des outils de la statistique et d’une hausse de ces situations conjugales qui sont davantage acceptées socialement. Il est également possible que des personnes qui dissimulaient leur situation conjugale dans un contexte plus défavorable la déclarent désormais.

Une limite importante à la plupart de ces recensements est à noter : ils reposent sur la composition du logement et ne tiennent pas compte des configurations conjugales non cohabitantes, qui concernent plus souvent les couples de même sexe. En France par exemple, l’enquête Famille et logements réalisée en 2011 a permis d’établir que les couples non cohabitants étaient 4 à 5 fois plus fréquents chez les personnes en couple de même sexe que chez celles en couple de sexe différent.

Les personnes en couple de même sexe sont, aussi, en moyenne, plus jeunes que celles en couple de sexe différent. En Australie, la moitié des personnes en couple de même sexe a moins de 40 ans (49 ans pour les personnes en couple de sexe différent).

De tels écarts apparaissent également en France où les femmes et les hommes en couple de même sexe ont en moyenne 41 et 44 ans respectivement, contre 51 et 53 ans pour les femmes et hommes en couple de sexe différent. La part de personnes en couple de même sexe est ainsi plus élevée dans les jeunes générations : 2 % des 25-29 ans sont en couple de même sexe, c’est deux fois plus que le pourcentage sur l’ensemble des couples (1 %). Leur part tombe à 0,4 % parmi les 60-75 ans en couple.

Des couples moins souvent mariés

Proportion de couples de même sexe et de sexe différent mariés, pacsés et en union libre en France selon l’âge (%)

Wilfried Rault, 2023, Population & Sociétés, n° 607

Les couples de même sexe sont, en moyenne, moins souvent mariés que les couples de sexe différent. Aux États-Unis, 89 % des couples de sexe différent sont mariés (2019), mais seulement 58 % des couples de même sexe – depuis 2015 ils peuvent se marier dans tous les États du pays. Au Canada, où le mariage a été ouvert aux couples de même sexe en 2005, les écarts sont également marqués (74 % contre 37 % en 2021). Il en est de même en France où le mariage de deux personnes de même sexe est possible depuis 2013 : 73 % des couples de sexe différent sont mariés en 2020, contre 40 % des couples de femmes et 37 % des couples d’hommes. Ces différences sont en partie imputables au fait que ces couples sont plus jeunes et plus récents, donc moins enclins à avoir déjà eu recours au mariage. Ils ont aussi une moindre préférence pour le mariage à âge identique.

Les couples de même sexe vivent moins souvent avec des enfants que les couples de sexe différent, surtout les hommes, même si la tendance générale est à la hausse. En Australie, en 2016, un quart des ménages constitués d’un couple de femmes comprenait également au moins un enfant, et en 2021, 38 %. Pour les hommes, la proportion est passée de 4 % à 7 %.

On observe ces mêmes tendances dans tous les pays étudiés. Au Canada, en 2021, 23 % des couples de même sexe résident avec des enfants, avec, là-aussi, des disparités très fortes entre les couples de femmes et les couples d’hommes : 33 % des premiers vivent avec des enfants et 11 % des seconds. C’est la même chose en France en 2020 où 27 % des couples de femmes et 6 % des couples d’hommes vivent avec au moins un enfant dans le ménage. Ceci explique par ailleurs pourquoi les couples de femmes sont un peu plus souvent mariés que les hommes.

Deux femmes avec un bébé
En France, 27 % des couples de femmes cohabitants et 6 % des couples d’hommes cohabitants vivent avec au moins un enfant.
Kenny Eliason/Unsplash

Les métropoles, forces d’attractivité

L’attractivité des grandes métropoles pour les minorités sexuelles a été observée de longue date. Du fait de l’anonymat qu’elles permettaient, mais aussi parce que celles-ci étaient pourvues en lieux de sociabilités et d’espaces de rencontres, les grandes villes ont très tôt représenté des lieux où il était plus facile de vivre une sexualité souvent stigmatisée et réprimée. Femmes et hommes en couple de même sexe vivent nettement plus souvent dans les grandes métropoles que les personnes en couple de sexe différent. Au recensement de 2021, 42 % des couples de même sexe canadiens résidaient dans l’une des trois plus grandes unités urbaines du pays (Toronto, Montréal, Vancouver) contre 34 % des couples de sexe différent. Cette tendance se retrouve dans les autres pays de l’étude pour lesquels l’information est disponible.

Aux États-Unis, les États de l’ouest du pays et ceux comprenant de grandes métropoles (État de New York, Washington DC, Massachusetts, Floride, Californie) sont des lieux de forte implantation des couples de même sexe. Tandis qu’ils représentent 1,5 % de l’ensemble des ménages conjugaux dans l’ensemble des États-Unis en 2019, le pourcentage de couples de même sexe est bien plus élevé dans certaines aires urbaines (≥2,4 %) : San Francisco, Portland, Seattle et Orlando.




À lire aussi :
Un « match de pédés » : homophobie ordinaire et hétérosexualité imposées


Une déconcentration favorisée avec le numérique ?

En France, en 2020, les couples de même sexe sont plus nombreux en région parisienne et dans la ville de Paris que dans le reste du territoire. Tandis que 2,6 % des hommes et des femmes en couple hétérosexuel résident à Paris et 14,6 % dans l’agglomération parisienne, c’est le cas respectivement de 15,8 et 30 % des hommes et 6,1 % et 18,4 % des femmes en couple de même sexe. Ces dernières sont donc moins concentrées à Paris et plus réparties dans l’ensemble du territoire que les couples d’hommes. Cette répartition différente est observée dans tous les pays où de telles statistiques sont disponibles. Les couples de même sexe sont plus présents dans les départements des grandes métropoles du pays, notamment en Loire-Atlantique, Gironde, Rhône, Haute-Garonne, Hérault, Bouches-du-Rhône.

L’acceptation sociale croissante et l’essor de sociabilités fondées sur des espaces numériques pourraient favoriser une relative déconcentration. Le pourcentage de couples de même sexe qui vivent à Paris est d’ailleurs plus faible en 2020 qu’il ne l’était en 2011. On observe une telle déconcentration dans d’autres pays, au Canada notamment.

Dans l’ensemble, les caractéristiques des couples de même sexe se rapprochent de celles des couples de sexe différent sur plusieurs points. Pour autant, leurs spécificités restent fortes et les expériences individuelles distinctes. Si la reconnaissance juridique et sociale des couples de même sexe figure parmi les grandes transformations de la famille et de la vie privée depuis la fin du XXe siècle, le processus de banalisation des minorités sexuelles est loin d’être abouti.


Ce texte est adapté d’un article publié par l’auteur dans « Population et Sociétés » n° 607, « Les couples de même sexe dans les pays occidentaux. Mieux reconnus et plus nombreux »

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Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

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