Si tu te demandes pourquoi les lesbiennes sont encore si souvent invisibilisées quand on parle de violences dans l’espace public, cet article répond à une question très concrète : qu’est-ce qui change, sur le terrain, quand on cumule sexisme, homophobie et parfois transphobie ? À partir d’une enquête menée à Bordeaux, on voit que la lesbophobie ne se résume ni à une injure isolée ni à une simple “ambiance hostile” : elle s’inscrit dans un continuum de violences, avec des effets réels sur les déplacements, le sentiment de sécurité et la manière d’habiter la ville.
Concrètement, ce que cela change pour toi, c’est la compréhension d’un phénomène souvent mal lu : toutes les personnes LGBTI ne vivent pas les mêmes agressions, et toutes les lesbiennes ne les vivent pas de la même façon. L’apparence, la manière de se tenir, le fait d’être en couple dans l’espace public ou encore l’identité de genre modifient fortement l’exposition aux risques. C’est précisément ce que montre l’enquête présentée ici.
L’essentiel a retenir : la lesbophobie dans l’espace public est une réalité spécifique, souvent renforcée par le sexisme et, dans certains cas, par la transphobie.
- Les lesbiennes ne vivent pas les mêmes violences que les gays.
- Les agressions vont du regard insistant aux violences physiques.
- Les femmes, et surtout les lesbiennes perçues comme “masculines”, sont plus exposées.
- Les violences peuvent se répéter plusieurs fois dans l’année.
- Les témoins interviennent moins qu’on ne l’imagine, et peuvent parfois agresser.
- Les politiques publiques doivent traiter ensemble sexisme, homophobie et discriminations cumulées.
Un climat urbain spécifique
L’enquête « Ville et LGBTI-phobie », menée à Bordeaux en 2019, repose sur un questionnaire auquel 1042 personnes ont répondu. Les répondant·e·s vivaient dans la ville et ont raconté des faits survenus dans les espaces publics et les transports au cours des 12 derniers mois. Dans la pratique, ce type de matériau est précieux, parce qu’il permet de sortir du ressenti vague pour documenter des situations très concrètes : interpellations, insultes, menaces, gestes déplacés, agressions ou évitements du quotidien.
Il faut toutefois garder une chose en tête : l’échantillon n’est pas parfaitement représentatif de toute la population bordelaise, notamment parce que les plus de 65 ans et les ouvrier·e·s y sont sous-représentés. Mais malgré cette limite, l’enquête reste très utile, car elle met en évidence des tendances solides sur le vécu urbain des personnes LGBTI, et plus particulièrement des lesbiennes.
Ce que l’on constate souvent sur le terrain, c’est que les violences ne se limitent pas à des agressions spectaculaires. Elles passent aussi par des micro-agressions répétées, des regards, des remarques, des sous-entendus, des menaces implicites. C’est justement ce continuum qui dégrade l’expérience de la ville.


